Janela na web » les cigales de la crise http://janelanaweb.com O seu portal de Management em Português desde 1995. Editado por Jorge Nascimento Rodrigues Sun, 03 Jan 2016 13:17:02 +0000 pt-PT hourly 1 http://wordpress.org/?v=4.2.1 « Ceux qui sont vraiment appelés à souffrir, ce sont les cigales…» (François Heisbourg) http://janelanaweb.com/novidades/%c2%ab-ceux-qui-sont-vraiment-appeles-a-souffrir-ce-sont-les-cigales%e2%80%a6%c2%bb-francois-heisbourg/ http://janelanaweb.com/novidades/%c2%ab-ceux-qui-sont-vraiment-appeles-a-souffrir-ce-sont-les-cigales%e2%80%a6%c2%bb-francois-heisbourg/#comments Tue, 06 Apr 2010 13:53:42 +0000 http://janelanaweb.com/?p=489 [Une interview avec François Heisbourg]

L’après crise

On discute surtout les conséquences et les détailles économiques , financiers et sociaux de la Grand Récession. Pas d’avantage ces conséquences stratégiques. Le spécialiste français en géoéconomie et géopolitique François Heisbourg a analysé récemment le grand tournant du commencement du siècle dans deux ouvrages publiés cette année : un essai, Vainqueurs et Vaincus – Lendemains de crise (Stock, Paris, Février 2010) et Les Conséquences stratégiques de la crise (un ouvrage collectif, publié Odile Jacob, Paris,  Février 2010).

Il a conclu qu’on assiste a une transformation profonde du paysage geópolitique : la Chine vainqueur de la crise, la résilience de l’Amérique, la superpuissance (numéro 1, malgré tout, mais avec une contrainte budgétaire et de la dette lourde et durable sur la projection de son pouvoir global), le risque de déclin terminal de l’Europe, les dilemmes de la Russie, la marginalisation stratégique du Japon,  les miracles des tigres placées sous contrainte et sévèrement touchés, la « morte lente » pour les cigales. Pour les États-Unis, le déclin est un risque éventuel, pour l’Europe et le Japon, les deux éclopés de cette crise, c’est une probabilité forte, conclut Heisbourg avec dureté dans les mots. Pourtant, il y a des différences pour le moment parmi le Japon et l’Europe, elle n’est pas dans son ensemble dans la voie d’un déclassement à la japonaise. La grande question pour l’Europe de demain sera sa « japonisation » ou non. Pour certain des petits pays de l’Union Européenne la question majeure sera de savoir s’ils sont des vrais cigales condamnés à une «morte lente».

François Heisbourg, 60, est président du Conseil d’administration du International Institute for Strategic Studies (basé à Londres) et  du Centre de Politique de Sécurité, à Genève. Il est conseiller spécial à la Fondation pour la Recherche Stratégique. Entre  1979/1981 il a été premier secrétaire à la mission permanente de la France auprès de l’ONU à New York, chargé des questions de désarmement.

Discours Direct : 10 idées clés, selon Heisbourg

1-      La crise est  la revanche du réel sur le faire semblant. Et une crise peut en cacher d’autres. Le croisement des crises aggrave les risques de ruptures stratégiques.

2-      il est clair que la crise actuelle a des conséquences géopolitiques directes et visibles avec un potentiel élevé de transformation du paysage international.  Elle a produit la transformation du G20 – un cénacle technique crée à la suite de la crise asiatique de 1997-1998 – en une instance politique de haut niveau global remplaçant le G7/G8.

3-      la Chine est passé du statut de grande puissance potentielle à la réalité de ce statut. Malgré la crise elle a accru une large marge de manoeuvre. Reste maintenant à savoir si cette situation est durable.

4-      la crise aura accentué les risques d’un déclin terminal de l’Europe et de son désir d’un ordre mondial reposant sur une «triade» américano-euro-chinoise.

5-      le vrai problème européen, c’est comment y arriver économiquement  sans retour à la récession, et politiquement sans instruments institutionnels adéquats et surtout sans un consensus européen fort assorti d’ une volonté de fer.

6-      l’histoire des huit récessions qu’ont vécu les États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale me rend très prudent vis-à-vis des prévisions déclinistes de la superpuissance. On est donc apparemment loin d’un repli stratégique.

7-      La longue éclipse du « soleil levant » ; on assiste à la marginalisation stratégique du Japon marqué par une double-dépendance de plus en plus difficile à gérer  par rapport au protecteur américain et au consommateur chinois. Cette marginalisation a signé la fin des prévisions concernant son accès au rang de superpuissance, après la chute de l’ancienne URSS. Et contribuera à remodeler le paysage stratégique en Asie, peut-être un « Yalta » asiatique.

8-      la question de la diversification et de la modernisation de l’économie russe est désormais au centre des débats à Moscou avant les élections présidentielles de 2012. Malgré son impact, la crise ne conduit donc pas à un affaiblissement de la posture stratégique de la Russie.

9-      les animaux aux talents multiples et à la taille imposante que sont les éléphants –la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Indonésie- ,ont beaucoup mieux traversé la crise.

10-  les hirondelles glissant sur les  vents de la mondialisation se révélait mal préparées à la tempête de la crise et de l’explosion de la dette (Islande, Irlande, États baltes, Hongrie, Dubaï, Singapour…).

Interview par Jorge Nascimento Rodrigues (c) 2010

Q : Vous parlez dans Vainqueurs et Vaincus d’une accélération de l’histoire avec cette récent Grand Récession, avec une transformation, un changement de fond du paysage géopolitique et géoéconomique. Quelle est a votre avis ce grand tournant du commencement du XXI siècle ?

R : A travers l’épreuve de la crise, la Chine est passé du statut de grande puissance potentielle à la réalité de ce statut. La Chine est devenu le premier exportateur mondial en 2009, la 2e économie du monde dès 2010, et elle se situe désormais au second rang des dépenses militaires mondiales. C’est à un saut qualitatif que nous assistons, comparable au plan stratégique  à celui qu’avait présenté l’émergence de l’Allemagne impériale à la fin du XIXème siècle.

Q : S’il est vrai le proverbe chinois qu’il n’y as de place au ciel pour deux soleils, est-ce que la Chine sera capable de profiter de la fenêtre d’opportunité géostratégique de ici à 2025, quand le vieillissement massif de ça population peuvent marquer son moment du déclin ?

R : Je ne sais pas comment évoluera la société chinoise dans les quinze prochaines années : le passage du Tiers Monde à la grande puissance s’accompagne d’une urbanisation phénoménale et de l’émergence d’une immense classe moyenne. Cela conduira inévitablement à des transformations sociales et politiques profondes. Mais le vieillissement, lui, est clairement prévisible : la Chine dispose de quinze ans pour mettre en place le filet social correspondant ; son épargne massive lui en donnent les moyens.

Le sort de l’Europe

Q : Et qui a été le principal «vaincu» ?

R : En sens contraire à l’émergence de la Chine, la crise aura accentué les risques d’un déclin terminal de l’Europe. Non seulement, celle-ci subit dans la division  le poids de la dette et des déficits –mais tel est le cas aussi des États-Unis et du Japon. Mais  surtout  elle dérive dangereusement entre l’impuissance de nations ayant perdues des pans entiers de leur compétence et des institutions européennes trop faibles pour assumer les responsabilités qui leur ont été confiées. Nous subissons sur la base de politiques économiques divergentes, les tourments de la zone Euro face à la crise grecque . Quand je vois qu’il a fallu une décennie d’efforts pour déboucher sur un traité de Lisbonne certes nécessaire mais  qui ne permet en rien de répondre aux défis du monde issu de la crise, j’ai du mal à être confiant sur le sort de notre contient.

Q : Est-ce qu’on peut dire que dans l’histoire économique les Grandes Récessions dans le capitalisme sont  des « sages-femmes » de bouleversements géopolitiques majeures quand on assiste  au croisement de crises diverses (financier, risque de defaults, économique, politico-militaire dans les shatterbelts) ?

R : Dans l’Histoire, les liens entre crises économiques et bouleversements géopolitiques sont en fait très divers. La grande Dépression des années 1930 a évidemment eu des effets politiques et stratégiques majeurs [montée des totalitarismes et avènement du nazisme, remis en cause de l’ordre international issu des traités de la banlieue parisienne, d’abord Versailles] . Mais la plupart des récessions ont peut de conséquences géopolitiques, du moins à court terme : 1857, 1873 ou 1910 ne sont pas des dates que l’on peut associer de façon directe et rapide à des changements géopolitiques visibles alors qu’il s’agissait des crises importantes. A l’inverse, les bouleversements stratégiques peuvent déboucher sur des récessions : c’est ce qui s’était passé après la guerre du Kippour en 1973, provoquant la première crise pétrolière. Ou la révolution iranienne de 1979 qui déboucha sur le second choc  pétrolier et les années de « stagflation » dans les pays industrialisés. Mais il est clair que la crise actuelle a des conséquences géopolitiques directes et visibles.

Q : Si on observe l’ampleur du coup de frein récent dans la croissance après 2007 de l’année mi-2008 à mi-2009, on trouve trois pays dans les «grands» du monde avec un degré de sévérité très fort : le Japon (moins 8,8%), le Royaume Uni (moins 8,6%) et la Russie (moins 19%). Un tel degré de violence économique a des chances de provoquer des changements géopolitiques ?

R : Le Japon est dans le marasme économique et démographique depuis vingt ans maintenant. La crise actuelle lui assène un véritable coup de massue qui ne peut qu’accentuer son déclin régional et international, sa marginalisation stratégique et marquer une double-dépendance de plus en plus difficile à gérer  par rapport au protecteur américain et au consommateur chinois. Le Royaume Uni souffre certes des mêmes maux que les pays de la zone Euro, aggravés par l’hypertrophie du secteur financier ; mais elle peut au moins jouer sur la dépréciation de la livre sterling. La Russie a quant à elle  payé sa totale dépendance économique et financière par rapport aux exportations de matières premières minérales et énergétiques : après l’envolée des cours en 2006/2007, la chute a été aussi douloureuse qu’elle l’avait été pour l’URSS à partir de 1985 quand le prix des hydrocarbures s’était soudainement effondré . La question de la diversification et de la modernisation de l’économie russe est désormais au centre des débats à Moscou avant les élections présidentielles de 2012. Les décisions correspondantes auront un impact politique et stratégique majeur –mais nous ne savons pas dans quel sens !

Un vrai risque

Q : Ce récent développement de la crise de la dette extérieure grecque a paradoxalement fait sortir soudain une crise dans l’ombre, la crise de la zone euro. Le projet monétaire de l’Union Européenne sera un « vaincu » de cette Grande Récession ?

R : C’est un vrai risque. Une monnaie commune suppose au minimum qu’il n’y ait pas des politiques économiques et budgétaires diamétralement opposés entre les partenaires. Or, à l’abri de l’Euro, certains ont promu une politique de l’offre, d’autres ont poussé une politique de la demande, les uns ont été rigoureux dans la gestion des comptes publics, les autres ont laissé filer. De telles divergences étaient incompatibles avec le maintien d’une monnaie unique. Mais qui avait intérêt à le dire avant la crise ? C’est le même type de déni qui celui qui a accompagné la folie de la titrisation des dettes, le scandale des « subprimes » et la bulle immobilière. La crise est à cet égard la revanche du réel sur le faire semblant. Maintenant , la difficulté n’est pas de définir les solutions : relance de la demande intérieure en Allemagne, tour de vis sur les dépenses publiques dans les pays les plus endettés, mise en place d’une gouvernance économique de la zone Euro…Le vrai problème, c’est comment y arriver économiquement  sans retour à la récession, et politiquement sans instruments institutionnels adéquats et surtout sans un consensus européen fort assorti d’ une volonté de fer !

La résilience américaine

Q : Il y a maintenant aux États-Unis une discussion sur la diminution de la productivité marginale de la dette américaine et ont peut constater que Washington a un problème « structurelle ». Les États Unis sont condamnés au ralentissement à long terme de sa croissance (comme est le cas, dans l’ancien G7, du Japon et de l’Italie, avec moins de 2% par an sur vingt ans) et au déclin impitoyable de ça projection globale ?

R : La dette et le déficit fédéral des États-Unis sont comparables à ceux de la moyenne de la zone Euro. Mais l’histoire des huit récessions qu’ont vécu les États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale me rend très prudent vis-à-vis des prévisions déclinistes : la créativité technologique, la vitalité démographique, la flexibilité sociale et l’existence d’un État fédéral (dont ne dispose pas l’Europe) sont des atouts majeurs dont  ne disposent que très incomplètement le  Japon comme l’Italie . Cela étant dit, le poids de la dette obèrera les marges de manœuvre des États-Unis pratiquement jusqu’à la fin de l’actuelle décennie. Cela affectera entre autres les dépenses militaires américaines.

Q : Être un  tigre ou une gazelle, au contraire de ce que on disait aux années 1980 et 1990, c’est un vrai désavantage maintenant ?

R : Les animaux aux talents multiples et à la taille imposante que sont les éléphants –la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Indonésie- ,ont beaucoup mieux traversé la crise [ayant une base économique diversifiée] que les dinosaures mono-producteurs (comme la Russie) ou les hirondelles glissant sur les  vents de la mondialisation mais mal préparées à la tempête (Islande, Irlande, États baltes, Dubaï, Hongrie, Singapour) . Mais comme le dit la fable de La Fontaine, ceux qui sont vraiment appelés à souffrir, ce sont les cigales…

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